mardi 21 juin 2016

On est tous égaux même les femmes : Episode 2, Le chef

Un jour, j'ai eu un enfant. Quatre mois après sa naissance, j'ai repris mon emploi dans la fonction  publique hospitalière. Comme la loi m'y autorise, j'ai repris à mi-temps afin de passer du temps avec mon enfant.
A mon retour, la quantité de travail était exactement la même qu'avant mon départ.
Mon chef de service du moment n'aimait pas trop les congés maternité. Et encore moins les temps partiels.
Moi c'était mon premier enfant, j'allaitais encore. J'étais pleine d'hormones. On parle souvent des femmes et de leur trop-plein d'hormones (règles, grossesse, allaitement, ménopause). Par contre on ne dit pas finalement pas grand chose du trop-plein de celles des hommes (propos salaces, harcèlements divers, viols et autres chauds lapins). 
Je crois que je préfère mes problèmes d'hormones. Ils sont moins dangereux pour les autres.
Bref, la mère débutante que j'étais a dû reprendre le travail. Avec moins de temps et un nombre constant de patients. 
Et voilà que tout à coup mon chef de service décide que je dois en plus intervenir dans une unité qui accueille de jeunes mères en difficulté avec leur bébé. Bizarrement, cela me met en difficulté moi-même car matériellement c'est très difficile de faire plus qu'avant en deux fois moins de temps et qu'en plus cela me ramène à mon propre vécu (très actuel) de la maternité. En réalité, je ne supporte pas de voir des mères maltraiter leur bébé, je n'ai pas la distance nécessaire pour faire mon travail. Je parle de ces difficultés à ma hiérarchie.
J'ai confiance, ils connaissent mon professionnalisme et mon intérêt pour les patients.
Qu'à cela ne tienne, on me fait savoir que ma présence n'est plus souhaitée à la réunion clinique, celle où chacun restitue son travail, où l'on évoque en équipe le projet de soin du patient, en gros l'endroit où tous les professionnels se doivent d'être. Comme ça je récupère du temps pour faire cette intervention supplémentaire.
Cela ressemble à un placard bien noir.
Je proteste donc.
Me voilà aussitôt convoquée dans le bureau du Grand Chef avec un autre grand chef (d'une autre filière, il y a plusieurs filières de chefs à l'hôpital) pour m'expliquer que j'ai intérêt à faire ce qu'on me dit et, surtout, que je n'ai pas à penser que ce que l'on me demande d'impossible pourrait altérer la qualité de mon travail. (D'ailleurs, j'entends bien que la primipare que je suis n'est pas vraiment légitime à avoir un quelconque cerveau). Mes capacités professionnelles sont remises en cause. Le pire c’est le ton paternaliste.
Moi et mes hormones, on se met à pleurer dans cet infect bureau. On n'est plus rien. En face, il y a ces hommes qui me regardent. On s’est compris me disent-ils. Il va falloir faire votre travail dans votre joli placard. Merci, au revoir.
Moi je pense que, bizarrement, mon collègue infirmier qui a deux enfants du même âge que les miens n'a jamais eu ce genre de problème. On n'a jamais remis en cause la qualité de son travail. D'ailleurs, il gagne bien plus que moi. Normal, c'est sa femme qui s'est mis à temps partiel.
Quand j'ai repris le travail, je me croyais forte et j'avais confiance, après tout j'avais mis au monde un enfant, ce n’est pas rien. Je sais maintenant qu'une femme qui vient d'avoir un bébé est fragile, très fragile. On devrait la protéger. 
Et cela n'a rien à voir avec l'égalité. 
Je vous entends : "Vous avez voulu l'égalité? Vous l'avez !". Mais vous n'avez jamais accouché Monsieur. Ni allaité. Ni porté un enfant. Vous êtes un ignorant. Non, pire, vous êtes un profiteur. Vous essayez de rasseoir vos couilles en haut d'un trône qui n’existe que dans votre tête.
Monsieur, c'est votre mère, votre femme, votre soeur, votre fille qui a pleuré dans ce bureau. Elle s'en souviendra toujours. Elle n'oublie jamais les humiliations. 
Alors, Monsieur, il arrivera bien un moment dans votre vie où vous serez fragile à votre tour, peut-être même allez-vous, à votre tour, trébucher sur vos hormones. 
A ce moment là, Monsieur, pensez à votre mère. Pensez-y bien.


2 commentaires:

  1. Stp, continue et ne t'arrête jamais, j'aime trop ce que tu fais. big biz bien baveux

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. oups je sais pas pourquoi tu vois pas mon nom mais c'est moi qui vient de faire ce commentaire.cf juju le cri qui tue!

      Supprimer